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Du Schtetl à Bruxelles, capitale de l'Europe de paix

Il aura fallu la Shoah, l'impensable pour changer la valise en carton pour une mallette de powerbook.

Deux générations !

Plus de cinquante années pour parler de l'Europe de paix.
Pour tous ceux qui ont quitté leur schtetl, avant cette période tragique, cela représentait un progrès considérable.

Quitter le ydiddishkeit (monde juif) pour un monde meilleur, plus libre, donnerait un futur plus enviable à leurs enfants.

Mais cela représentait un déracinement, dont ils ne mesuraient pas l'ampleur.

En écrivant ce mot issu de ma mamelouché (mamele : signifie : maman. langue maternelle), j'entends le son du violon, la musique klezmer.
Le schtetl, bourgade. Ghetto à la campagne, en quelques sortes.
La Shoah est un pogrom industriel, avant il y eut tant de pogroms, d'expulsions.

Toujours prêt à parti. Vivre sa valise en carton à la main, ou l'art de bouger

Ensuite vient la nostalgie des racines.

La vie au schtetl était plutôt bien organisée, chacun ayant sa place, son rôle, sa fonction. Du rebbe (rabbin en Yiddish) au tailleur, boucher. Vu de l'extérieur, nous y vivions en vase clos. Par obligation. Pourtant libre d'en sortir, ce qui le différencie du ghetto. Et même de le quitter.
Les hommes pieux, travaillant, priant, étudiant. Prier signifie plus qu'une simple récitation, il y a les chants, les danses, on exprime sa joie.
Malgré la vie rude, misérable.

Un jour, les nazis ont débarqué,. emmené, les habitants des Shtetl pour des ghettos. Ensuite pour ceux qui n'y étaient pas morts de faim, de maladie, ce seront les camps, les chambres à gaz.
Ce n'est pas D.ieu qui est mort à Auschwitz mais l'homme. Car penser que D.ieu y est mort signifierait qu'il s'agit d'une punition. L'homme est responsable de ce monde. A lui de la gérer, bien ou mal, mais il est seul à décide. Le monde a été créé par D.ieu, Il l'a offerte à l'homme.


L'Histoire semble être une spirale dont il est impossible de sortir. Ne dit-on pas que si les leçons de l'Histoire ne servent pas, c'est faute d'élèves. Et l'Histoire peut se repèter.

Wilheim Reich dans son étude de la psychologie de masse du fascisme dans les années 30 écrivait déjà :

Si le masque de la civilité tombe, ce qui apparaît n'est pas d'abord la sociabilité naturelle mais la couche de caractère pervers, sadique.

Nous reconnaissons dans les idéaux moraux du libéralisme, la physionomie de la couche caractérielle superficielle fondée sur la maîtrise de soi et la tolérance. Ce libéralisme insiste beaucoup sur sa morale afin de juguler la bête dans l'homme, c'est-à-dire notre deuxième couche de pulsions secondaires, l'inconscient de Freud. Le fascisme n'est que l'estatement politiquement organisée de la structure caractérielle de l'homme moyen, structure universelle et internationale qui n'est nullement le propre de races, nations ou partis déterminés. Vu dans la perspective caractérologique, le fascisme est l'attitude émotionnelle fondamentale de l'homme opprimé par la civilisation machiniste autoritaire et son idéologie mécaniste-mystique.C'est le caractère mécaniste-mystique des hommes de notre temps qui suscite les partis fascistes et non l'inverse. Il n'existe pas un seul homme qui ne porte dans sa structure caractérielle les éléments de la sensibilité et de la pensée fasciste. Le fascisme en tant que mouvement politique se distingue de tous les autres partis réactionnaires par le fait qu'il est accepté et préconisé par les masses. Je souhaite dans l 'intérêt même de ce monde malade que les masses laborieuses puissent reconnaître avec autant de lucidité leur responsabilité quand il s'agit du fascisme. Le fascisme n'est pas, comme on a tendance à le croire, un mouvement purement réactionnaire, mais il se présente comme un amalgame d'émotions révolutionnaires et de concepts sociaux réactionnaires. Pour bien comprendre ce qui se passe derrière la façade, sur quelles forces s'appuie le fascisme ; il faut avoir étudié pendant des années le caractère du petit-bourgeois brimé.

Le seul moyen de combattre efficacement le fascisme consiste à lui opposer une connaissance objective et pratique des processus de la vie.

Le fascisme international ne sera pas éliminé par les manœuvres politiques. Il cédera à l'organisation naturelle, international du travail, de l'amour et de la connaissance.

Une partie des survivants, libérés par d'autres ennemis, les bolcheviques, s'est retrouvée en Europe de l'Est. Les plus " chanceux " à l'Ouest.

Une vie nouvelle s'ouvrait à eux. Il fallait tout recommencer. Réapprendre à vivre ! Épuisés, traumatisés, il ne restait qu'une seule alternative, se mettre au travail. Très rapidement c'est ce qu'ils firent, créant de petites sociétés. Tailleurs, maroquiniers et autres travaillant

jour et nuit. Pourtant ceux qui étaient originaires d'un Shtetl ne parlaient que peu ou pas de langues étrangères. Exception faite de l'allemand, appris dans les camps. Peut-être parce le yiddish est un savoureux mélange d'hébreu, polonais, allemand,…, Ils se sont vite adaptés. C'est par le travail qu'ils ont repris pied dans le monde des vivants.

Le travail anoblit l'homme.

Le yiddish, langue de la vie de tous les jours, fut abandonné à la sortie des camps. Une génération plus tard, le besoin de retrouver ce qui fait partie de l'histoire d'une partie du peuple juif se fait ressentir.

En écrivant le mot schtetl, j'entends le son du violon. La musique klezmer embellit les moments de la vie. Grâce aux échanges avec les musiques populaires diverses, roumaine, hongroise, ukrainienne, polonaise, elle s'est enrichie, métissée.

Vu de Bruxelles, devenue capitale de l'Europe de paix, le schtetl semble être un endroit protégé, où il faisait malgré cette vie dure, bon vivre. Nostalgie des origines !

Peut-être aussi à cause de ce sentiment d'isolement, dans cette ville cosmopolite, ou chacun se blottit chez soi, fermé à double tour sa porte. Par peur, méfiance, ou par égoïsme.

Naît la mélancolie de ces sons, odeurs, atmosphère.

L'absence d'une famille au grand complet se fait ressentir.

Les héritiers de cette histoire recherchent une similitude entre ces lieux à jamais disparus et ceux où ils viventmaintenat.

Par chance ceux qui vivent à Bruxelles retrouvent un peu de la saveur de la langue. Langue yiddish, patois savoureux, tel un enfant insolent circulant dans les ruelles des ghettos, et ce patois tout aussi savoureux, dangereusement menacé de disparition, le bruxellois.

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